Le Souffle du Vent


    Je suis très heureux de vous présenter la toute dernière nouvelle que je publie sur mon blog d’écrivain, et qui s’intitule Le Souffle du Vent. En espérant qu’elle vous plaira, je vous souhaite une très bonne lecture ! Et sans plus attendre…

Je vous laisse découvrir cette histoire !

 

—  Le Souffle du Vent  —

 

    Son souffle était saccadé.

    C’était comme si, en pleine foulée, elle n’avait d’autre choix que de cadencer son effort avec de courtes apnées.

    — Fiou… Pourquoi il nous fait venir ici ? soupira Alizée en s’arrêtant prêt d’un rocher en forme de tortue géante. Surtout le jour de son anniversaire !

    De son côté, Sandrine semblait aussi en forme qu’on peut l’être. Elle avait marqué l’arrêt un peu plus loin et admirait le ciel ensoleillé de ce début d’après-midi.

    — Hum, je ne sais pas trop. Mais ça nous fait une belle balade, non ? D’ailleurs, comment ça se fait que ton fils ne soit pas avec toi ?

    — Il est avec Marc. Quand je me suis levée ce matin, la maison était vide. Il y avait seulement un mot sur la table, me demandant de t’appeler pour qu’on les rejoigne ensemble au sommet de cette montagne.

    — Oui… Mon frère est plein de mystères quand il s’y met, dit Sandrine, plongée dans ses pensées.

    — En tout cas, je suis contente que tu m’accompagnes. Au moins je suis avec quelqu’un qui connaît le chemin. Toute seule ici, j’aurais été capable de me perdre, c’est sûr !

    — C’est vrai que je viens souvent ici… Nous arrivons bientôt d’ailleurs.

    Alizée lui adressa un sourire, contente d’apprendre que ses jambes allaient enfin pouvoir se reposer. Elles se remirent en route et traversèrent une large et étouffante forêt de pins centenaires, qui avait tenté de camoufler le sentier par une véritable mer d’aiguilles. Sandrine avançait d’un bon pas. Son allure sportive laissait deviner que pour elle, cette balade devait ressembler à un simple échauffement de routine. Au sortir de la forêt, elles débouchèrent sur une montée caillouteuse et escarpée qui faillit décourager Alizée.

    — Allez, c’est l’ultime épreuve avant d’arriver. Courage !

    — Merci coach, répondit Alizée avec un clin d’œil complice.

    Sandrine arriva la première. Et dans un dernier effort, Alizée la rejoignit en haut de cette fichue montée. Afin de calmer son pouls, elle releva la tête pour prendre une grande inspiration, quand elle eut tout à coup le souffle coupé.

    — Mais… que…, dit-elle complètement interloquée, alors qu’à une cinquantaine de mètres se tenait devant ses yeux une foule immense.

    À côté d’elle, Sandrine ne semblait pas vraiment surprise. Elle respira un grand coup et se tourna vers Alizée avec des yeux qui s’étaient remplis de compassion.

    — Avant que l’on aille plus loin et que l’on rejoigne tout le monde, il faut que je t’avoue quelque chose, dit-elle, alors qu’Alizée commençait à froncer ses sourcils d’un air interrogateur. Marc m’avait demandé de garder le secret, et il ne voulait pas que je t’en parle avant d’arriver. Il avait peur que tu t’inquiètes.

    — Me parler de quoi ? dit-elle d’une voix pressante, commençant effectivement à s’inquiéter.

    — Et bien, si toute la famille est réunie ici aujourd’hui, c’est parce que cette montagne a une histoire particulière. Une histoire qui s’est déroulée quand Marc était tout jeune garçon, et que moi, j’étais encore dans le ventre de ma mère.

 

~

 

    Essayant d’entraîner les quelques nuages qui blanchissaient le ciel, le vent soufflait avec ferveur entre les montagnes, se frayant un chemin dans les forêts verdoyantes, et débouchait sur les sommets où il renouait avec l’étendue de sa puissance. Ses bourrasques arrivaient à courber quelques arbustes, et couvraient presque les éclats de voix que le jeune Marc lançait en direction de sa mère.

    — Maman, viens voir ! Papa est prêt ! Ça y est !

    Son père arborait un sourire bienveillant, semblant effectivement sur le point de décoller. Il jetait encore quelques coups d’œil à son deltaplane, dont l’aile tout à fait grandiose était magnifiquement colorée.

    — Profites-en bien, mon chéri…, lui souffla sa femme qui s’était rapprochée pour prendre délicatement son fils par la main.

    — Ramène-moi un nuage, Papa ! renchérit alors Marc, en regardant son père avec un sérieux particulièrement enfantin.

    — Je vous embrasse mes amours, tous les trois.

    Il adressa un sourire à son fils et un dernier regard à sa femme, ainsi qu’à son ventre légèrement arrondi.

    — Allez, cette fois, j’y vais ! dit-il, la voix pleine de détermination, avant de s’élancer dans la pente.

    Alors qu’il prenait de la vitesse, le deltaplane commença à décoller, et entreprit une douce ascension. Blotti aux côtés de sa mère, Marc admirait cette aile immense qui s’engageait dans le vent. Son père avait toujours été son exemple, mais le voir ainsi virevolter au milieu des nuages l’érigeait en véritable héros. Ses yeux pétillants suivaient avec admiration tous les déplacements de son père dans le ciel. Il s’amusait à suivre du doigt chacun des virages, chacune des montées et des descentes.

    Il continua ce jeu encore un moment, lorsque tout à coup, le deltaplane marqua un brutal changement de direction. Le père de Marc semblait déstabilisé, cherchant visiblement à régler un problème. Soudain, et sans que personne n’ait le temps de comprendre que cela était bien réel, son corps se détacha du deltaplane. Il chuta à une vitesse démesurément folle, fendant le ciel comme une masse, sans bruit, et disparut derrière la falaise. L’aile désormais sans conducteur s’inclina vers l’avant, puis l’arrière, et fut finalement projetée sur la droite par une rafale de vent pour disparaître à son tour. Le visage déformé par l’horreur, la mère de Marc avait les yeux grands ouverts et regardait le ciel sans arriver à réaliser. Elle semblait complètement perdue. Figée sur place, elle n’arriva même pas à réagir lorsque son jeune fils se précipita désespérément vers le bord de la falaise. Elle n’entendit pas non plus les pleurs et les cris de douleur qu’il lançait dans ce paysage désormais vide.

    Quelques nuages étaient toujours présents dans ce ciel bleu, mais il ne semblait plus y avoir de vent. Le soleil écrasant diffusait pleinement sa chaleur. La mère de Marc fut parcourue d’un frisson glacial. Elle se mit à trembler de tout son corps. L’instant d’après, elle s’effondra à terre.

 

~

 

    Alizée restait muette.

    Sandrine la regardait du coin de l’œil, comme si elle attendait une réaction.

    — Et ben… Je… je comprends pourquoi Marc a toujours été aussi silencieux au sujet de la mort de son père. Il ne m’en a jamais vraiment parlé en fait.

    — Oui, il a toujours été très discret concernant cette histoire. Jusqu’à aujourd’hui en tout cas. Il a tenu à fêter son anniversaire ici pour être plus proche de notre père.

    — Tu veux dire que c’est ici que ça s’est passé ?

    — Oui c’est exactement là-bas, dans cette pente, il y a vingt-cinq ans.

    — Si j’avais su que…

    Elle fut soudain interrompue par la foule, qui commençait à s’exciter. De nombreux encouragements furent lancés, et des applaudissements commencèrent à monter en puissance. Alizée balaya l’assemblée, cherchant désespérément son mari du regard.

    C’est alors qu’elle l’aperçut au loin, habillé et équipé, prêt à s’élancer dans la pente avec un immense deltaplane ! Saisie tout à coup par une peur grandissante, Alizée s’excusa rapidement auprès de Sandrine, et se précipita vers lui, avant qu’il ne soit trop tard.

    — Marc, attends !

    — Ah ! Ma chérie ! dit-il comme soulagé de la voir enfin arriver. Ne t’inquiète pas, je n’allais pas décoller sans toi.

    Il était souriant et semblait rayonner de motivation. Deux hommes naviguaient autour de lui et s’affairaient aux dernières vérifications.

    — Marc… Tu sais, ta sœur m’a raconté pour votre père. Et je comprends ce que tu dois ressentir, mais s’il te plaît ne…

    Elle baissa la tête.

    — J’ai peur, Marc.

    — Je sais ma chérie. Mais je dois le faire. Pour lui. Et aussi pour moi.

    Un léger silence s’installa.

    — En tout cas, c’est la première fois que je vois autant de monde à un anniversaire, dit-elle comme pour changer de sujet.

    — Oui c’est vrai. Et encore, une bonne partie n’a pas pu venir.

    Soudain, un petit garçon haut comme trois pommes sortit de la foule et accourut dans leur direction. Alizée plia les genoux, et tendit les mains pour accueillir son fils. Elle se releva doucement en le portant dans ses bras.

    — Bonjour mon ange ! lui dit-elle au creux de l’oreille en lui glissant un baiser chaleureux. Où étais-tu passé ?

    — J’étais là-bas, avec Mamie.

    — Vous devriez aller la rejoindre d’ailleurs, dit Marc avec douceur. Je ne vais pas tarder à me lancer.

    Alizée acquiesça à contrecœur. Elle le regarda intensément avec ses beaux yeux clairs et amoureux, et lui présenta un magnifique sourire qui essayait de camoufler son anxiété.

    — Joyeux anniversaire mon cœur, lui dit-elle finalement avant de rejoindre la foule.

    Alizée et son fils s’installèrent avec Sandrine, qui venait tout juste de prendre place aux côtés de sa mère. Celle-ci avait une mine fatiguée et des yeux tristement rouges, comme si elle avait passé la nuit entière à pleurer.

    — Comment allez-vous ? lui demanda Alizée en l’embrassant.

    Ses yeux commencèrent de nouveau à s’emplir de larmes.

    — Je suis morte d’inquiétude…

    Les éclats de voix et les encouragements reprirent de plus belle. D’un geste assuré, Marc leva le bras pour saluer la foule, et démarra sa course dans la pente. Prise d’angoisse, la mère de Marc détourna subitement le regard. C’était au-dessus de ses forces. Elle ne pouvait voir ce spectacle, et revivre cette scène qui résonnait encore douloureusement dans sa mémoire.

    Il y eut un grand silence… Puis une immense vague d’applaudissements.

    — Ça y est, Mamie !

    Le fils de Marc, tout excité, tirait la manche de sa grand-mère avec insistance.

    — Mamie, regarde !

    Elle se pencha vers son petit-fils en lui adressant un sourire encore craintif. Elle hésita, puis se retourna doucement en direction le ciel, et là, ses yeux étincelèrent.

    — Il a réussi… C’est… c’est merveilleux, dit-elle dans un grand et profond soulagement, comme si l’on avait enfin défié le mal qui l’envahissait depuis tant d’années.

    Autour d’elle, les cris et les applaudissements s’essoufflèrent peu à peu. Tout le monde restait désormais béat, admirant le ciel en silence.

    Soudain, une légère traînée de poussière se détacha voluptueusement du deltaplane.

    — Mais qu’est-ce que…

    La mère de Marc avait monté ses mains devant sa bouche, et ses yeux fixaient le ciel.

    — Marc voulait te faire la surprise, Maman, lui dit Sandrine en s’approchant d’elle, et en entourant chaleureusement son bras autour de ses épaules.

    Elle ne répondit rien, mais elle avait compris. Et ses yeux se firent brillants des larmes qui commençaient à glisser le long de ses joues.

    — Mamie, c’est quoi la surprise ? lui demanda son petit-fils qui semblait tout hébété de ne pas comprendre ce qu’il se passait.

    Essuyant ses pleurs, elle se pencha de nouveau vers lui et lui montra le ciel de son bras encore un peu tremblant :

    — Regarde, mon ange. Cette poussière là-haut c’est… C’est ton Papi…

    Il leva les yeux, et marqua un court temps de réflexion. Puis il se retourna vers sa grand-mère avec un large sourire et des yeux réjouis.

    — Ça veut dire que Papi est dans le ciel, lui aussi ?

    — Il est dans le ciel… Mon chéri.

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– FIN –

À la mémoire de Sylvain

 

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