Quignon de pain, une nouvelle histoire courte écrite par l'auteur Simon JAC

Pour un Quignon de pain 2


    Je suis très heureux de vous présenter la toute première nouvelle que je publie sur mon blog d’écrivain, et qui s’intitule Pour un Quignon de pain. En espérant qu’elle vous plaira, je vous souhaite une très bonne lecture ! Et sans plus attendre…

Je vous laisse découvrir cette histoire !

 

—  Pour un Quignon de pain  —

 

    Personne dans cette rue, ni même dans celle d’après. Pas un chat. Et heureusement d’ailleurs, car Fredy détestait les chats. Non pas qu’il y soit allergique, mais il les craignait comme la peste, allez savoir pourquoi.

 

    Fredy marchait d’un pas rapide, comme poussé par un besoin insoutenable. Il cheminait ainsi depuis plusieurs minutes, ou plusieurs heures peut-être. Il n’en savait rien. Il était de ceux qui n’avaient pas vraiment la notion du temps. Le soleil commençait à étendre une lumière éclatante, et dans un dernier frisson, Fredy secoua son corps engourdi, se préparant à accueillir cette chaleur si réconfortante après la nuit glaciale qu’il venait de passer. Malgré tous ses efforts, il n’avait pas vraiment réussi à se réchauffer avec ce qu’il avait regroupé de tissus, là-bas, dans ce qu’il considérait comme son foyer. Alors qu’il errait en regardant de partout, Fredy semblait inquiet de ce qu’il pourrait voir, et donnait cette impression de toujours rester sur ses gardes. À l’affût du détail, il scrutait d’un œil vif chacun des recoins du quartier, espérant y trouver ce qui lui manquait tant.

    Au détour d’une petite rue, il s’arrêta en apercevant au loin quelque chose d’inhabituel. Trois immenses poubelles avaient été sauvagement renversées, et l’une d’elles semblait complètement brûlée, ayant troqué le vert originel de son plastique contre un noir mat encore fumant. Quelques cendres s’en échappaient par moments et se laissaient entraîner par les brises de vent qui accompagnaient leur envol. Épargnées par les flammes, les deux autres poubelles avaient allégrement déversé leurs contenus sur le sol, inondant le trottoir d’un amas de détritus.

    Fredy avait enfin trouvé ce qu’il cherchait. Il s’en approcha alors de son pas léger, mais toujours aussi rapide, et sans vraiment hésiter, commença à se pencher vers les aliments qui lui paraissaient les plus appétissants. Qui aurait pu le lui reprocher, il avait si faim… En mangeant, il sentit cette odeur âcre et écœurante que dégageait la poubelle calcinée. Le goût de la nourriture en était légèrement perturbé, mais il s’en accommoda, faute de mieux. C’était tout de même moins pire que le vieux sandwich qu’il avait déniché hier, et qui avait fini par lui servir de dîner. Au moins ici, il y avait du choix. L’hiver était rude, c’est sûr, mais il fallait dire que l’avantage avec les fêtes de fin d’année, c’était que la nourriture dans les poubelles n’était pas rare. Bien au contraire, on trouvait de tout.

 

    Soudain, Fredy s’arrêta de manger, surpris par des éclats de voix derrière lui. En se retournant, il vit quatre hommes qui le regardaient en tenant leur téléphone portable à la main.

    — Non mais tu y crois, toi ! s’exclama l’un d’eux. Regarde-moi l’état de ces poubelles, on dirait que c’est encore les gosses des quartiers Nord qui sont venus rôder par ici. Et puis eh, mâte-moi l’autre qui mange une banane toute pourrie !

    Les autres hommes ricanèrent entre eux, prenant quelques photos de la scène, ainsi que de la poubelle brûlée. L’un d’eux s’approcha subitement de Fredy, et lui dit, le sourire moqueur aux lèvres :

    — Et bah alors, faut pas manger ça. C’est dégueu !

    Surpris par cette approche, Fredy fit un bond en arrière, en regardant l’homme du coin de l’œil. Celui-ci s’était déjà retourné vers ses amis, tout fier qu’il semblait être de son action, et de l’effet qu’il avait réussi à susciter.

    Fredy commença à s’en aller. Être entouré de trop de monde lui faisait peur, et même s’il rencontrait souvent ce genre de personne, il n’était pas habitué à être l’objet d’autant d’attention. Il décida de traverser le boulevard, histoire de mettre de la distance entre ces hommes et lui. Mais alors qu’il quittait le trottoir, un bruit aigu l’arrêta net, le faisant sursauter. Une grosse voiture noire venait de marquer un coup de frein à seulement quelques mètres, faisant crisser ses énormes pneus. Fredy regarda brièvement le véhicule, puis pressa le pas, se remettant tant bien que mal de ses émotions.

    Les quatre hommes, qui avaient continué de l’observer, s’esclaffèrent.

    — Oh purée ! Il a peur de tout, il est au bout du rouleau le pauvre ! balança l’un d’eux de sa voix nasillarde, mimant une expression de peine qui se voulait faussement sincère.

    Ils se regardèrent en riant, puis continuèrent leur route, comme s’ils avaient jugé qu’assez d’attention avait été accordée à ce maigre évènement.

    Arrivé de l’autre côté du boulevard, Fredy se remit en quête d’un repas. Il se dirigea vers le centre-ville, où l’on trouve de la nourriture à coup sûr, si tant est que l’on a un peu de chance et que l’on arrive le premier.

    La faim commençait à le tenir sérieusement.

    Alors qu’il décidait de s’engager dans une ruelle qu’il savait être un raccourci vers la place de l’église, il remarqua qu’une splendide rousse marchait devant lui. Il ne fallut pas longtemps pour que son cœur se retourne, et qu’elle lui insuffle un beau et profond désir, qui lui commanda de venir à sa rencontre. Fredy alla donc pour se rapprocher, mais après seulement quelques mètres, elle s’en aperçut et commença à accélérer, comme si elle voulait éviter toute forme de contact possible. Bien décidé à réduire la distance et à établir le lien, Fredy se mit au pas de course. Arrivé à sa hauteur, il l’effleura très délicatement, mais celle-ci se retourna et le regarda avec un tel dédain, qu’il comprit tout de suite qu’il ne fallait pas insister.

    Fredy n’était pas du genre à être déçu et à ressasser ses échecs trop longtemps. De toute façon, sa priorité du moment était de trouver de quoi manger. Il se remit donc en route et arriva enfin sur la place de l’église. C’était un endroit immense, tapis de milliers de pavés, où seulement quelques arbres avaient été plantés. Beaucoup de monde se retrouvait là, attiré par les commerces de luxe et les restaurants qui entouraient la place. L’église, tout à fait grandiose, surplombait le reste des bâtiments, et quelques fidèles invitaient les passants à y entrer en distribuant des petits tracts colorés. Fredy ne se souciait pas d’eux, il continua d’avancer, en cherchant de quoi se nourrir. Il slalomait à travers la foule, où les mines sombres et moroses croisaient des visages aussi froids que le froid de l’hiver, semblant hélas absorbés par des univers bien trop personnels. Nul ne paraissait le considérer vraiment, ou lui donner de l’importance, et Fredy avait souvent cette douloureuse impression de faire partie du décor. Quelques personnes le remarquaient parfois, le toisant d’un regard vide ou méprisant, avant de passer leur chemin.

    En faisant le tour des poubelles, bien souvent débordantes sur cette place bondée, Fredy ne trouva rien. Afin d’être plus tranquille, il continua son parcours en rejoignant les bordures, et c’est alors qu’il découvrit un passage entre deux restaurants. Il était sombre et très étroit, et apparemment, peu de gens se risquait à l’emprunter. Fredy n’y vit personne, mis à part un petit groupe qui s’était rassemblé autour de ce qui semblait être un sac en plastique. Accompagné de sa curiosité, il se rapprocha d’un pas prudent et constata avec envie que le sac était bien rempli, débordant même de nourriture. Un membre du groupe se désintéressa brièvement de son futur repas, et vint dans sa direction pour lui barrer la route, lui faisant comprendre qu’il n’était pas le bienvenu ici. Fredy considéra cet obstacle qui lui faisait face, puis regarda le sac, et décida finalement de repartir. Cela n’en valait pas la peine. Il les avait déjà croisés et savait qu’ils étaient du genre à se bagarrer pour de la nourriture. Surtout pour de la nourriture.

    De son côté, il trouverait certainement autre chose à manger un peu plus loin.

    Fredy rejoignit la place de l’église et la traversa en direction de la vieille ville, plus déterminé que jamais à se trouver un repas. Il emprunta une grande rue parsemée de boutiques au style d’un autre temps, et à la devanture aussi lumineuse qu’accueillante. Il s’y arrêta un moment en continuant de regarder tout ce qui l’entourait, et vit au loin quelqu’un comme lui, qui semblait chercher de la nourriture. Alors qu’il s’était mis à l’observer, Fredy s’en détourna, surpris par une délicieuse odeur de pain cuit que laissait échapper une petite boulangerie dressée sur le trottoir d’en face. C’était un commerce empreint d’une charmante nostalgie, qui semblait illustrer à lui seul toute l’ambiance de cet agréable quartier.

    Une très jolie jeune femme en sortit alors, tenant un lot de baguettes de pain sous son bras. Elle glissa au commerçant un “Au revoir” chaleureux et chantant, en prenant soin d’accompagner la porte de la boulangerie pour ne pas qu’elle claque. Elle baissa les yeux vers sa montre, puis releva la tête, et c’est alors qu’elle aperçut Fredy. Sans prendre le temps d’hésiter, elle traversa la route d’un pas engagé, en continuant de le regarder comme si la circulation des voitures lui était familière, et que cela n’avait plus d’importance pour elle.

    Fredy, qui l’avait observée depuis son trottoir, fut un peu décontenancé de la voir arriver si près. Elle lui sourit, puis d’un geste élégant, détacha un quignon de l’une de ses baguettes, et lui tendit. Il s’écarta par méfiance, et la jeune femme décida alors de déposer le morceau de pain sur un muret, juste à côté de lui. Elle lui adressa un dernier sourire, puis commença à s’en aller. Fredy la surveilla du coin de l’œil, attendant prudemment qu’elle s’éloigne pour se diriger vers le muret.

    Soudain, un bruit léger retint son attention. Il pivota alors subitement la tête à s’en tordre le cou, et vit qu’un autre s’était emparé de son quignon de pain et commençait déjà à le manger !

    Ayant entendu l’écho de cette agitation, la jeune femme se retourna et observa la scène. Elle comprit rapidement le problème et revint doucement en direction du muret. Elle se pencha alors vers Fredy et vers l’intrus, et leur glissa de sa voix chaleureuse :

    — Ne vous inquiétez pas mes petits pigeons, il y en a pour tout le monde !

    Elle détacha un autre quignon de pain, et d’une main légère, le jeta aux deux oiseaux.

 

– FIN –

 

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