Nouvelle résolution, une nouvelle histoire courte écrite par l'auteur Simon JAC

Une Nouvelle Résolution


    Je suis très heureux de vous présenter la toute dernière nouvelle que je publie sur mon blog d’écrivain, et qui s’intitule Une Nouvelle Résolution. En espérant qu’elle vous plaira, je vous souhaite une très bonne lecture ! Et sans plus attendre…

Je vous laisse découvrir cette histoire !

 

—  Une Nouvelle Résolution  —

 

    Ça faisait longtemps, très longtemps même, qu’il attendait ce moment.

    Ce n’était pas vraiment dans ses habitudes d’être euphorique, mais ce soir-là, Gustave semblait excité comme une puce, tout souriant qu’il était à la perspective de fêter la nouvelle année. Les périodes de fêtes n’étaient pas vraiment sa tasse de thé, mais cette année, le réveillon s’annonçait merveilleusement bien. La soirée était organisée par Charlotte, une collègue du bureau qui travaillait à la comptabilité. Gustave ne lui parlait que très rarement, mais les quelques fois où il avait vu cette jolie brune arriver dans son bureau pour lui remettre sa fiche de paye avaient suffi pour que son tendre cœur tombe sous le charme.

    Mardi dernier, alors qu’il profitait de sa pause en buvant un long café noir, Charlotte était arrivée doucement vers lui pour lui proposer de venir réveillonner chez elle, avec quelques amis. Gustave, de surprise, avait failli en avaler sa touillette. Cela l’avait d’autant plus étonné qu’il ne la connaissait pas vraiment. Il n’était dans cette entreprise que depuis quelques mois, et à vrai dire, il ne connaissait pas encore grand monde. Il avait simplement sympathisé avec trois de ses collègues les plus proches – Léo, Étienne et Pierre – et mangeait régulièrement avec eux à la cafétéria. Parfois, il les rejoignait même en ville en fin de journée, pour se changer les idées autour d’un bon verre. Cela lui avait permis de sortir un peu de sa solitude casanière, mais aussi et surtout de se sentir davantage intégré au sein de l’équipe. Ses trois collègues avaient été également invités à la soirée de Charlotte, et Gustave s’en réjouissait. De nature assez timide, il aurait réellement appréhendé de s’y rendre tout seul.

    La journée au bureau venait tout juste de se terminer. Gustave était rentré chez lui afin de se préparer à fêter ce fameux Nouvel An. Plein d’entrain, il avait monté le volume de la musique à fond, et commençait à sélectionner stratégiquement les habits qu’il mettrait ce soir. Il choisissait ses chaussettes en chantonnant et en esquissant quelques pas de danse, comme si la fête avait déjà commencé. Il repassa sa plus belle chemise avant de l’enfiler, et admira l’élégant reflet que lui renvoyait son petit miroir.

    Alors qu’il hésitait encore entre ses chaussures de cuir noir et celles en tissu beige, son portable se mit à vibrer. Un message d’Étienne s’affichait :

Je ne vais pas pouvoir venir ce soir.

J’ai un empêchement de dernière minute.

Et je ne sais pas si tu le sais, mais Léo est malade,

ça doit être sa sœur qui lui a refilé la grippe.

 

    Dans la foulée, Gustave reçu un appel de Pierre, qui lui annonça d’une voix complètement démotivée :

    — Bah écoute, apparemment les autres ne viennent pas, du coup je vais rester au calme ce soir.

    Comme une traînée de poudre, la soirée partait progressivement en fumée… Gustave commença doucement à perdre son excitation, son sourire s’évanouit et d’un geste désabusé, il éteignit sa chaîne stéréo. Il alla se planter devant la fenêtre, se demandant s’il n’allait pas lui aussi renoncer et finalement rester ici, à regarder le bêtisier de l’année à la télévision. Il admira au loin la ville qui commençait à s’illuminer de toutes les décorations de Noël. Il songea à la fête, puis à Charlotte. Surtout à Charlotte. Il prit alors une grande inspiration, rassemblant son courage et sa motivation, et décida d’y aller malgré tout. Et ce même s’il devait dépasser sa timidité et affronter le malaise d’arriver tout seul à la soirée.

 

    Charlotte habitait un appartement situé sur la Presqu’île, pas très loin des grands buildings du centre et de l’entreprise où ils travaillaient. Gustave arriva en bas de son immeuble aux alentours de 22 heures et remarqua que même sa cour intérieure avait un aspect accueillant. Il grimpa les marches en essayant de calmer les pensées qui commençaient à le saisir. Une fois arrivé sur le palier, il entendit en sourdine la musique entraînante qui semblait inonder tout l’appartement et se mélanger au brouhaha des discussions. Alors qu’il toquait à la porte, une femme lui ouvrit presque instantanément, l’invitant à entrer.

    Un monde fou était rassemblé dans ce salon, qui lui paraissait immense. Il sentit la pression monter tout à coup et su qu’il était en train de rougir. Sa confiance en lui commençait à chuter. Gustave balaya la pièce du regard et aperçut, dans un coin, deux filles en train de rire joyeusement avec quelques hommes. Ceux-ci s’étaient attroupés autour d’elles, cherchant visiblement à les séduire. C’est alors que parmi eux, il reconnut Léo, Étienne et Pierre !

    N’en croyant pas ses yeux, Gustave resta comme paralysé sur place. Tandis que les regards commençaient à se tourner vers lui, il restait K.O. debout, essayant de s’assurer encore et encore que c’était bien ses trois collègues qui se tenaient là, à quelques mètres de lui.

    — Oh meeeeerde les gars, Gugusse est là !

    Léo avait décroché son regard des deux filles, et venait de remarquer Gustave, planté comme un poteau au milieu de la pièce. Il donnait des petits coups de coude frénétiques à ses voisins, ce qui manquait cruellement de discrétion.

    — Non ! C’est pas vrai ! Il est venu quand même, ce con ! balança Étienne dans un étonnement presque démesuré.

    Tous les deux semblaient déjà bien éméchés, et Pierre, qui tenait à la main un verre rempli d’une substance non identifiée, paraissait complètement imbibé d’alcool. Ils avaient dû commencer à boire dès la sortie du travail, comme ils le faisaient souvent avant une soirée.

    Étienne et Léo s’approchèrent de Gustave, lui balançant un regard plein de dédain.

    — Bon mon p’tit Gusse, c’est pas qu’on veut te virer, mais ici ce n’est pas vraiment une fête pour toi, tu vois.

    — Ouais ! On te l’a jamais dit parce qu’on est des mecs sympas, mais sérieusement Gugusse… Tu nous les brises.

    Leurs yeux étaient rouges et vitreux, et semblaient commander difficilement leurs pauvres corps qui tenaient à peine debout. Intimidé par la virulence de leurs propos, Gustave restait muet. Son regard à lui semblait perdu, noyé par des pensées qu’il n’arrivait plus à analyser.

    Charlotte, qui n’avait pas vu toute l’action se dérouler, s’approcha de Gustave en souriant, et commença à l’accueillir.

    — Hey ! Contente que tu sois venu ! Tu veux que je te débarrasse de ton manteau ?

    Gustave n’osa même pas la regarder, conservant un silence de plomb.

    — Non mais attends, qu’est-ce que tu fais ? Tu ne vas quand même pas lui dire de rester ! protesta Étienne en tirant Charlotte par l’épaule.

    Il avait l’air tout à fait sérieux, fronçant ses sourcils d’une manière exagérée.

    — Mais de quoi tu parles ? dit-elle dans un sourire.

    Après un court instant de gêne, elle sourit de nouveau, semblant comprendre :

    — Ah… mais tu as trop bu toi, non ?

    Sa bonne humeur dénotait douloureusement avec ce qui était en train de se passer. Pierre, qui jusqu’à présent était resté un peu à l’arrière, s’approcha d’elle :

    — Il a raison, tu ne connais pas encore Gugusse ! C’est pas toi qui te le farcis tous les midis à la cantine. Il s’incruste même dans nos soirées au bar !

    — Ce gars c’est la défaite incarnée, renchérit Léo. À chaque fois qu’il est là, il pourrit l’ambiance. S’il reste, c’est moi qui m’en vais.

    — Ouais moi aussi, soutint Étienne.

    Se sentant profondément blessé, Gustave commençait à réaliser qu’il n’avait aucun ami. Une profonde tristesse l’envahissait, à laquelle se joignait une pointe de colère. Il s’en voulait d’avoir été aussi naïf. En y repensant, comment ces trois hommes auraient pu réellement l’apprécier, lui qui n’était ni drôle, ni intéressant, ni… Il baissa la tête dans un mouvement précipité, afin de ne pas révéler aux autres les larmes qui commençaient à lui monter aux coins des yeux. Regarder le sol lui paraissait à cet instant le meilleur refuge contre ces attaques et face à tous ces regards cuisants. Il se tourna lentement, et comme pris dans un élan, s’engagea vers la sortie sans vraiment réfléchir. Il descendit les escaliers rapidement en s’essuyant les yeux, manquant de glisser à plusieurs reprises. Arrivé en bas de l’immeuble, il se mit à courir. Rien ne lui importait plus que de quitter cet endroit au plus vite.

 

    Après quelques minutes d’une course effrénée, Gustave commençait à ne plus sentir ses jambes. À bout de souffle, il se laissait envahir par toutes sortes de pensées. Il aurait voulu avoir quelqu’un à qui se confier. Mais il venait d’avoir la preuve qu’il ne pouvait compter sur personne. Et cela faisait bien longtemps qu’il n’espérait plus rien des membres de sa famille, bien trop occupés pour se soucier de lui. Ses frères avaient déjà fondé une famille et réussi dans la vie, alors que lui peinait à seulement essayer de tisser des liens. Il se voyait comme une tâche au sein de sa fratrie, le fils indigne que l’on n’a pas vraiment envie de regarder, ou pas trop longtemps.

    À cet instant, il commença à les haïr, tous, à détester toutes ces personnes qui ne lui accordaient pas assez de temps et d’attention. Qui n’essayaient même pas d’apprendre à le connaître vraiment. Et puis cette manie de l’appeler Gugusse ! De toute façon, il n’avait jamais aimé son prénom. C’était le genre de prénom qui appartenait à une autre époque : trop ancien pour être dans le vent, trop particulier pour être comme tout le monde.

 

    Gustave courait encore et encore. Il savait où il se rendait, mais il ne voulait pas y réfléchir. Il n’y avait plus vraiment à hésiter. Il continua ainsi sur près d’un kilomètre, et s’arrêta finalement au niveau du pont qui reliait la Presqu’île aux Quartiers Est. Une fois arrivé, il agrippa la rambarde d’une main ferme, et se pencha pour regarder en contrebas. Le fleuve était agité et semblait tellement loin vu d’en-haut. Ses idées étaient encore floues, mais cette décision apparaissait très clairement à son esprit. Il voulait faire taire cette douleur qui le tenaillait, et la solution était très simple. Il monta lentement par-dessus la rambarde, et ferma les yeux. De nombreux souvenirs revenaient à lui, mais finalement, plus aucun n’avait d’importance. Il allait mourir, disparaître. Et qui s’en soucierait, réellement ? Puisque de toute façon il n’existait pour personne.

    Gustave sentit une légère brise lui effleurer les joues. Il leva lentement les bras, et peu à peu, il se laissa aller dans le vide.

    Tout à coup, sans qu’aucun bruit ne l’ait averti, il fut saisi au corps, et tiré brusquement en arrière, laissant échapper une exclamation de surprise. Il atterrit durement sur le sol, et comme pour extérioriser le stress qu’il venait de vivre, il lança soudainement un cri lourd et chargé d’émotions.

    — Eh ben…, dit une voix proche de lui. Je ne comprends pas que quelqu’un avec autant d’énergie ait envie de sauter d’un pont !

    Gustave, qui essayait tant bien que mal de se relever, répliqua d’une voix remplie de toute son adrénaline :

    — Pourquoi vous avez fait ça ? Et puis vous êtes qui d’abord !

    Une vague d’incompréhension l’envahissait et se mélangea à la colère qui était en train d’électriser son esprit.

    — En tout cas, tu en as de la rage en toi, mon gars !

    Malgré ses yeux remplis de larmes, Gustave réussit à distinguer devant lui la silhouette d’un vieil homme. Celui-ci se tenait dans une posture élégante et lui présentait un large sourire, son visage semblant tout à fait serein. Mais soudain, un éclair passa dans son regard, et il se raidit en plaçant rapidement sa main droite derrière lui :

    — Oula, oulala… Je crois que je me suis coincé le dos !

    Il s’éloigna un peu et commença à s’étirer avec douceur, prenant soin de respirer profondément. Gustave le regardait sans rien dire, mais avec une curiosité certaine.

    — Qu’est-ce que vous faites ici, au fait ?

    Le vieil homme, qui commençait à se débloquer, n’accorda pas vraiment d’importance à cette question et rétorqua :

    — Franchement, sauter d’un pont dans un fleuve glacé, c’est bizarre comme résolution, tu ne trouves pas ?

    — Au contraire, c’est la meilleure décision que j’ai jamais prise, lança Gustave comme par défi. Et puis ça ne vous regarde pas ce que je fais de ma vie ! ajouta-t-il brusquement.

    Il en voulait à cet homme qui l’avait empêché de mettre fin à sa douleur. Ce moment lui appartenait. Pourquoi s’en était-il mêlé. Il n’avait rien de mieux à faire ou quoi !

    — C’est quand même dommage que tu sois seul pour le jour de l’an, non ?

    — Bah normal, personne ne veut être avec moi !

    Le vieil homme marqua un silence.

    — Hum… À mon avis, tu n’as simplement pas encore trouvé les personnes avec qui tu te sentiras bien.

    — Parce qu’elles n’existent pas ! Tout le monde me rejette. Tout le monde s’en fout de moi. Je ne plais à personne.

    — Eh bien mon gars, va falloir chercher un peu plus que ça. Tu plairas forcément à quelqu’un. Tiens, j’ai inventé une phrase qui pourrait convenir à ta situation. C’est… euh… Ah oui : Chaque pot a son couvercle !

    Gustave le regarda, perplexe.

    — Mais elle n’est pas du tout de vous cette phrase.

    — Ah bon ? Ah… Désolé. C’est que je m’emmêle les pinceaux par moment. Je commence à fatiguer. Je ne suis plus tout jeune, tu sais. En tout cas le sens y est, mon gars. Chaque pot a son couvercle. C’est obligé, c’est comme ça. D’ailleurs, c’est valable autant en amour qu’en amitié. Et je dirais même plutôt qu’en amitié, chaque pot peut avoir plusieurs couvercles.

    Puis il ajouta en parlant dans sa barbe, avec un ton léger qui fit presque sourire Gustave :

    — Quoiqu’en amour aussi, un pot peut avoir toute une tripotée de couvercles ! Mais bon ça, c’est une autre histoire !

    Commençant franchement à se demander qui était ce vieux qui débitait des idées saugrenues et des conseils à de parfaits inconnus, Gustave s’apprêta à répondre, quand soudain, des bruits de pas l’arrêtèrent net. Quelqu’un arrivait rapidement dans son dos.

    — Gustave ! cria Charlotte dans une expiration.

    Elle avait l’air complètement essoufflé, comme si elle venait de courir un semi-marathon. Le froid avait fait ressortir ses pommettes qui étaient désormais d’un rouge sanguin. Elle était vraiment très belle, et au milieu de ce pont décoré pour les fêtes de Noël, elle semblait faire partie de la féerie. Gustave la regarda pendant quelques secondes, donnant l’impression de s’être égaré dans un rêve.

    — Charlotte ! dit-il alors en retrouvant ses esprits. Désolé d’être parti aussi vite, il fallait que je m’éloigne d’eux…

    — Oui je comprends. Quelle bande d’abrutis quand j’y pense, c’est pas possible d’être aussi méchant. On dirait des gamins hargneux obligés d’écraser les autres pour se sentir en confiance.

    Gustave ne répondit rien, pensant qu’elle avait assez bien résumé leur cas. Il lui sourit.

    — Au fait, à qui est-ce que tu parlais avant que j’arrive ?

    Gustave, qui avait complètement oublié la présence du vieil homme, se tourna vers lui, et à sa grande surprise, ne vit personne. Il avait disparu.

    — Je parlais à…

    Il baissa la tête et regarda le sol d’un air songeur. Après un silence, il répondit finalement :

    — Je me parlais à moi-même, je crois.

    — Ah… Et tu fais ça souvent ?

    — Non pas vraiment, dit-il avec un sourire en coin. Seulement quand j’en ai besoin. Et à vrai dire, ce soir j’en avais bien besoin.

    Charlotte s’approcha lentement et plaça avec délicatesse ses mains sur les épaules de Gustave, lui lançant un regard empli de bienveillance et de chaleur.

    — Et bien si tu veux, tu peux continuer de parler, avec moi…

h

– FIN –

 

(Peinture : Sylvie PENET. Son site web ICI)

---------------------------------

Merci d'avoir lu cet article !

---------------------------------

Pour savoir quand sortiront mes prochaines créations,

Abonnez-vous !

À la page Facebook

À la Newsletter

(vous recevrez un mail dès la sortie d'une nouveauté)


Vous avez aimé cet article ? Je serais heureux d'avoir votre avis dans les commentaires !

Et si vous pouviez partager cette page sur les réseaux sociaux, ça m'aiderait énormément !

h

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.