Chaleur d'un foyer, une nouvelle histoire courte écrite par l'auteur Simon JAC

La chaleur d’un foyer 1


    Je suis très heureux de vous présenter la toute dernière nouvelle que je publie sur mon blog d’écrivain, et qui s’intitule La Chaleur d’un foyer. En espérant qu’elle vous plaira, je vous souhaite une très bonne lecture ! Et sans plus attendre…

Je vous laisse découvrir cette histoire !

 

—  La Chaleur  d’un foyer  —

 

    L’assiette traversa le salon, planant quelques instants, avant de finir son vol contre le mur où elle explosa en morceaux.

    — Me regarde pas comme ça ! J’étais obligé de la jeter. C’est encore dégueulasse ce que tu nous sers.

    La tête baissée, sa femme ne répondait rien. Elle était figée sur place et essayait de se faire toute petite, comme si elle attendait désespérément que la tempête se calme.

    — Qu’est-ce que t’attends ? lui lança son mari en lui assénant une claque derrière la tête. Va nettoyer ! Tu ne crois quand même pas que je vais le faire, non ?

    Elle s’exécuta, et alla chercher de quoi ramasser les bouts d’assiette et de canard laqué qui avaient atterri un peu plus loin.

    — Allez dépêche ! J’ai pas toute la soirée !

    Agenouillée à terre, sa femme le regardait du coin de l’œil, comme une proie sur ses gardes qui commence à sentir arriver le danger.

    — Grouille je te dis ! Ou je me lève et je t’en colle une !

    À ces mots, elle tressaillit. Abandonnant sa tâche, elle se releva doucement et commença à se diriger vers la chambre. Sa démarche était saccadée et semblait presque mécanique. Elle avait l’allure d’un robot rafistolé qu’on aurait négligé et malmené pendant des années. Un robot qui se serait subitement reprogrammé, sans prévenir, pour n’accomplir désormais plus qu’une action unique. Comme si rien d’autre ne comptait, elle s’engouffra dans la chambre, résolue à ne pas regarder son mari.

    — Oh ! Où est-ce que tu crois aller, là ? dit celui-ci en balançant la salière dans l’encadrement de la porte qu’elle venait de franchir.

    Il n’y eut pas de réponse. Et un silence inquiétant commença alors à s’installer.

    Soudain elle revint. Elle tenait un sac de voyage dans sa main gauche, et dans l’autre, un pistolet aussi brillant que ses yeux désormais remplis de larmes.

    — Qu’est-ce que tu fous ? lança son mari alors qu’elle levait fébrilement le bras, pointant l’arme dans sa direction.

    L’action fut suspendue un court instant. Puis il y eut un coup de feu assourdissant. Ensuite, plus rien…

    Un silence parfait.

 

    — Et… coupez ! Elle est bonne ! Alors avant que j’oublie, il faudra m’assombrir un peu l’image en post-prod, ok ?

    — Ouais pas de soucis, répondit un homme à l’autre bout du plateau de tournage.

    — Sinon rien à redire. Francis t’as été génial ! Ton regard quand elle va chercher le pistolet était parfait. T’as juste jeté l’assiette un peu loin au début, mais on n’est pas à ça prêt.

    Francis lui adressa un sourire amusé en guise de réponse.

    — Voilà, on a fini pour aujourd’hui. On se retrouve tous demain pour la réunion. D’ici là, bonne soirée. Reposez-vous !

    Francis ne s’attarda pas trop longtemps. Il salua rapidement les autres, alla rejoindre sa voiture et se mit en route.

 

    Arrivé dans la cour de sa maison, Francis ferma doucement la portière et emprunta le chemin pavé qui traversait le gazon. Il monta les quatre marches de son palier et sortit délicatement ses clefs. En entrant, il prit soin de refermer la porte tout en douceur pour ne pas réveiller les enfants.

    — C’est à cette heure-ci que tu rentres ! dit une voix dans son dos, le faisant sursauter.

    — Euh, j’étais avec…

    Francis n’eut pas le temps de répondre que sa femme l’avait déjà interrompu :

    — Ouais, ouais, c’est ça. Allez, presse-toi un peu, il reste le ménage à faire. Regarde comme c’est crade, on dirait une porcherie ! Si tu crois que je peux accepter de vivre dans ta porcherie, tu te mets le doigt dans l’œil, mon pauvre !

    — Mais…, dit Francis en baissant la tête.

    — Mais quoi ! lui balança-t-elle. Tu ne t’imagines quand même pas que je vais le faire à ta place ? Je bosse toute la journée pour ramener l’argent à la maison, moi. Qu’est-ce que tu crois ? C’est pas ton boulot de comédien à la noix qui doit bien te fatiguer.

    — On va réveiller les enfants…

    — Non mais tu t’entends parler, là ? Depuis quand est-ce que tu penses pouvoir me donner des leçons !

    Francis ne répondit rien. Résigné, il entreprit plutôt de quitter son manteau.

    — Putain, me fais pas ta tête de chien battu ! Réponds-moi, je t’ai posé une question !

    N’essayant plus de se défendre, il garda les yeux baissés et avança en direction de la cuisine. Il alluma machinalement la lumière et marcha jusqu’aux tiroirs. Sa femme, qui ne l’avait pas quitté d’une semelle, continuait de lui déverser son acide monologue :

    — Et voilà, Monsieur fuit la conversation et va se réfugier dans la cuisine parce qu’il n’a même pas le courage de croiser le regard de sa femme. C’est bien ça le problème avec toi, mon petit Francis, tu ne veux jamais te confronter à rien !

    Ouvrant le tiroir central, Francis se mit à chercher frénétiquement quelque chose.

    — Ohé Francis ! Regarde-moi quand je te parle ! lui dit-elle d’un ton qui devenait de plus en plus imposant.

    Elle se tenait à quelques centimètres de lui et le jaugeait d’un regard méprisant.

    — Toc-Toc-Toc, il y a quelqu’un dans cette petite tête ? lui lança-t-elle en frappant sur son crâne comme à une grosse porte en bois.

    Elle semblait beaucoup s’amuser de la situation. Son large sourire lui donnait un air satisfait qui la faisait ressembler à ces joueurs arrogants que l’on rencontre parfois. Ces joueurs qui savent que la partie est gagnée depuis longtemps, mais qui la font savamment durer pour prouver leur supériorité et humilier leur adversaire. Elle continua alors en ricanant :

    — Qu’est-ce que tu fais avec ce tiroir ? Tu cherches quoi ? Un couteau pour me faire taire, c’est ça ?

    À ces mots, Francis leva la tête. Il commença à se redresser et se tourna lentement vers elle. Le flot de paroles qui l’inondait ne semblait plus avoir une once d’importance pour lui. Il y fit pleinement face et regarda sa femme droit dans les yeux. Ses pupilles à lui étaient devenues noires. Et son visage désormais inexpressif laissait planer un doute inquiétant. C’était comme si toutes les émotions qui l’habitaient s’étaient évaporées, redéfinissant tout à coup son comportement et ses réactions. Percevant ce changement, sa femme fut un peu déstabilisée. Elle hésita un moment, puis reprit :

    — Si tu crois que tu vas me…

    Soudain, elle se tut.

 

~

 

    Depuis la fenêtre, les timides rayons du soleil s’infiltraient à travers les voilages orangés et commençaient à envahir le salon. Ils coloraient délicatement les murs et le parquet, et rendaient cette agréable pièce encore plus chaleureuse.

    Dans un concert de petits tintements, Francis disposait les bols et les couverts sur la table à manger. Il le faisait sans vraiment regarder, étant habitué à préparer le petit-déjeuner pour toute la famille. Il aimait ces moments de solitude où il pouvait profiter du calme matinal avant que les autres ne soient levés. Parfois, il regardait même le lever du soleil.

    Mais aujourd’hui, il n’avait absolument pas le cœur à ça. Il n’avait pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, et un tas de pensées continuaient de tournoyer dans son esprit.

    Francis traîna les pieds jusqu’à la cuisine pour chercher de quoi faire les tartines. Quand il revint dans le salon, il sursauta en voyant ses deux fils présents autour de la table.

    — Bonjour Papa ! dirent-ils à l’unisson.

    L’un d’eux était déjà assis à sa place, tandis que le plus jeune bataillait pour arriver à se hisser sur sa chaise.

    — Bonjour les garçons. Vous avez bien dormi ?

    — Pas trop trop…, répondit l’aîné avec un regard qui mélangeait un peu de reproche et de la pitié à l’égard de son père.

    — Ça va Papa ? demanda le plus jeune, qui avait finalement réussi à s’installer.

    Francis ne se sentait pas bien. Pas bien du tout même. Il n’avait pas cessé de repenser à sa soirée d’hier, et à sa femme. Ce matin, il n’avait même pas osé se regarder dans le miroir. Et heureusement d’ailleurs, parce qu’il ne se serait pas reconnu. Il était livide.

    — Il faut que je vous avoue quelque chose, dit-il la tête basse, sans arriver à regarder ses enfants.

    Ces derniers le fixaient sans broncher, attendant visiblement qu’il poursuive.

    — Ça ne va pas être facile à entendre, mais…

    Il cherchait les bons mots. Face à ses deux fils qui affichaient désormais une mine inquiète et perplexe, il se sentait de plus en plus mal. Il les aimait plus que tout, et ne voulait pas les faire souffrir.

    — Si j’ai fait ce que j’ai fait, c’est parce que je n’avais pas le choix, dit-il en tremblotant avant de marquer un silence. Hier, nous nous sommes disputés avec votre mère, et j’ai…

    — Mais elle est où Maman ? précipita son fils aîné, angoissé par ce qu’il commençait à comprendre.

    — Votre mère est…

    Il déglutit difficilement, puis ferma ses paupières.

    — Votre mère est partie… Elle viendra prendre ses valises cet après-midi.

 

– FIN –

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